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Garantir l'accès aux immunoglobulines anti-D : le Service du Sang s'engage dans un projet européen
Chaque année, les immunoglobulines anti-D permettent de prévenir la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né, une complication potentiellement grave de la grossesse pour les femmes de groupe Rh négatif. Pourtant, l'approvisionnement en ce médicament essentiel reste fragile en Europe et dans le monde. Alors que les États-Unis ont développé des stratégies visant à (re)stimuler l’immunisation de certains donneurs afin de disposer de plasma riche en anticorps anti-D, l’Europe ne recourt pas à ces pratiques et reste donc largement dépendante de sources extérieures. Pour contribuer à renforcer l’autonomie européenne en la matière, le Service du Sang participe à un projet porté par l’European Blood Alliance (EBA) : Anti-D Plasma Donor Project.
« Ce projet est né d'un constat simple : l'Europe doit renforcer son autosuffisance en plasma anti-D et réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour la production de ce médicament essentiel. » explique Marie-Pierre Rodenbach, directrice du Laboratoire d'Analyses biologiques.
Un enjeu de santé publique… et d'autonomie européenne
Les immunoglobulines anti-D sont utilisées pour prévenir la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né chez les femmes Rhésus négatif qui portent un enfant Rhésus positif.
Si cette question est suivie depuis de nombreuses années, elle revêt aujourd'hui une importance toute particulière. Au-delà de l'autosuffisance européenne, les enjeux concernent aussi l'accès aux traitements à l'échelle mondiale. Les tensions sur l'approvisionnement, la volatilité des prix ou encore les incertitudes géopolitiques peuvent rapidement limiter la disponibilité de ces immunoglobulines et empêcher certaines femmes enceintes de bénéficier de ce traitement préventif essentiel.
« La question du plasma anti-D a toujours été importante. Aujourd'hui, l'accent est mis sur l'autosuffisance européenne. C'est à la fois un enjeu de santé publique, mais aussi un enjeu politique et de gestion des risques. » souligne Marie-Pierre Rodenbach.
C'est dans ce contexte que l'European Blood Alliance a lancé Anti-D Plasma Donor Project, avec l'ambition de renforcer durablement les capacités européennes de collecte de plasma anti-D.
Mieux connaître les donneurs pour préparer l'avenir
L'objectif du projet est de mieux identifier et comprendre le potentiel des donneurs immunisés anti-D, c'est-à-dire les personnes ayant développé des anticorps anti-D, le plus souvent à la suite d'une grossesse ou d'une transfusion.
Aujourd'hui, ces donneurs existent dans l'ensemble des établissements de transfusion, mais leur nombre réel reste mal connu. Les méthodes pour les identifier, les accompagner et les fidéliser diffèrent également d'un pays à l'autre. Résultat : il est aujourd'hui difficile d'estimer le véritable potentiel de collecte de plasma anti-D en Europe.
Avant de pouvoir développer de nouvelles stratégies de collecte, il est indispensable de savoir combien de donneurs immunisés anti-D existent réellement et quel est leur potentiel. C'est précisément l'objectif de cette première phase du projet.
Le projet se déroule ainsi en deux grandes étapes :
- La première consiste à analyser les données déjà disponibles dans les établissements de transfusion participants afin d'estimer le nombre de donneurs concernés, leur répartition et d'évaluer la faisabilité du projet.
- Une seconde phase permettra ensuite de mieux caractériser ces donneurs : profil et stabilité des anticorps, historique de sensibilisation, facteurs de risque et volonté de participer à des programmes spécifiques de don de plasma anti-D.
Le projet prévoit également d'évaluer, dans un cadre strictement éthique et médical, la faisabilité de stratégies de ré-immunisation visant à maintenir un niveau suffisant d'anticorps chez certains donneurs.
Où en est le projet aujourd'hui ?
Lancé cette année par l'EBA, le projet est actuellement dans sa première phase.
Les établissements de transfusion participants, dont le Service du Sang, ont déjà transmis les données demandées. Les résultats de cette première analyse sont désormais attendus et permettront de définir les prochaines étapes du projet ainsi que le rôle que chaque partenaire sera amené à jouer.
Pourquoi le Service du Sang participe-t-il à ce projet ?
En tant que membre de l'EBA, le Service du Sang a eu l'opportunité de rejoindre cette initiative européenne.
Cette participation s'inscrit pleinement dans notre mission : contribuer à garantir un approvisionnement sûr et durable en produits sanguins tout en participant à des projets de recherche qui font progresser les connaissances et les pratiques.
Elle constitue également une opportunité de renforcer notre visibilité et notre expertise au sein du réseau européen des établissements de transfusion.
Une collaboration européenne au service des patients
À terme, Anti-D Plasma Donor Project doit permettre de renforcer les stratégies européennes de collecte de plasma anti-D, d'harmoniser les pratiques entre établissements de transfusion et de contribuer à sécuriser durablement l'accès à ce médicament essentiel.
Au-delà de ses résultats scientifiques, ce projet illustre la volonté des établissements transfusionnels européens d'unir leurs expertises pour répondre ensemble à un enjeu majeur de santé publique.
La maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né peut survenir lorsqu'une femme Rhésus négatif (Rh-) porte un bébé Rhésus positif (Rh+). Cette maladie concerne souvent le groupe Rh (D ou sous-groupe CE) mais tout autre groupe peut être impliqué comme le Kell par exemple.
Au cours de la grossesse ou de l'accouchement, des globules rouges du bébé peuvent passer dans la circulation sanguine de la mère. Son système immunitaire peut alors produire des anticorps dirigés contre les globules rouges du bébé.
Lors d'une grossesse suivante, ces anticorps peuvent traverser le placenta et détruire les globules rouges du fœtus, entraînant une anémie parfois sévère, voire des complications potentiellement graves.
Les immunoglobulines anti-D, fabriquées à partir de plasma humain, permettent d'empêcher cette réaction immunitaire et de protéger les grossesses futures.